AIN : du château de Voltaire au Barrage de Génissiat

Jura : route du col de la Faucille

Plutôt discret en terme de notoriété, le département de l’Ain (Région Auvergne-Rhône-Alpes), aux portes de Genève et aux pieds des Monts du Jura, est composé de 4 entités principales : Bresse, Dombes, Bugey et Pays de Gex. L’Agence de Développement Touristique nous conviait, fin mai, dans ces deux dernières régions, profitant d’une double actualité avec l’ouverture au public du château de Voltaire et celle du barrage de Génissiat, première structure créée sur le Rhône pour en maîtriser l’énergie. L’occasion aussi de découvrir la jolie station thermale de Divonne-les-Bains, d’emprunter le Col de la Faucille afin d’admirer un panorama époustouflant du Lac Léman aux sommets alpins, et de faire une balade au bord de la Valserine, seule rivière labelisée « Site Rivières Sauvages »… Sans oublier les spécialités gastronomiques et oenologiques d’un terroir riche et varié ! Pour rejoindre l’Ain – si l’on ne vient pas en voiture – le plus commode est d’arriver en train en gare de… Genève !

Ferney-Voltaire : le château, labellisé « Maison des Illustres » a été inauguré par Emmanuel Macron

Il y avait deux ans que le château était en réfection sous l’égide de l’architecte François Chatillon choisi par le CMN (Centre des Monuments Nationaux). Entièrement restauré et habité par l’esprit voltairien, le voici, depuis le 31 Mai dernier, prêt à accueillir les visiteurs à commencer par le Président lui-même ! Cette inauguration était aussi, pour Emmanuel Macron, l’occasion de mettre en exergue le Patrimoine Français et de promotionnel le fameux loto du même nom dont les bénéfices devraient profiter à nos édifices nécessiteux…

Il y a exactement 240 ans (30 Mai 1778) que disparaissait le « Philosophe des Lumières » qui passa au château de Ferney les 20 dernières années de sa longue vie. Il y écrivit le Dictionnaire philosophique, le Traité sur la Tolérance, plusieurs tragédies et pièces de théâtre et quelque 15.000 lettres. Objet d’admiration de beaucoup de ses contemporains, Voltaire y reçut Condorcet, l’artiste Pigalle, d’Alembert, Vivant-Denon, au point de déclarer, avec humour, qu’il était devenu «l’Auberge de l’Europe». Pendant un quart de siècle, Ferney participera à la diffusion des idées de Voltaire, critique de la monarchie absolue, de l’injustice ou de l’intolérance religieuse… autant de thématiques tellement d’actualité et qui résonnent avec acuité !

Flash Back en 1748 : indésirable à la Cour de France, ainsi qu’en Europe, Voltaire acquiert la seigneurie de Ferney qu’il qualifie de «hameau misérable» entouré de marécages. Il a 65 ans et se découvre une passion de jardinier et d’entrepreneur. Il fait détruire l’ancien château pour diriger lui-même les travaux de reconstruction qui s’achèvent en 1762. Il améliore le domaine agricole en faisant défricher et drainer, transformant le hameau de l’Ain en cité prospère et florissante. Il y vit avec sa nièce, Madame Denis, devenue aussi sa compagne depuis 1744, qui occupe l’aile droite et gère la manutention de la maison. A la mort du philosophe (1778), elle vend le domaine et ses meubles puis cède la bibliothèque à Catherine II de Russie.

Propriétaire des lieux entre 1778 et 1785, le marquis de Villette orchestre le culte posthume du grand homme, notamment en transformant la chambre de Voltaire en « chambre du cœur ». Il passe commande d’un cénotaphe en forme d’obélisque pour y recueillir son cœur. Ce cénotaphe est déplacé dans le salon au 19ème siècle. En fait, Villette n’y aurait jamais placé le cœur du philosophe qui est déposé en 1863 à la Bibliothèque nationale dans le socle du Voltaire assis de Houdon…

Au fil des décennies, les propriétaires se succèdent et les derniers en date, la famille Lambert, cèdent le château à l’Etat en 1999. Le travail de restauration a aussi pris en compte toutes les étapes post-voltairiennes du château et permet au visiteur, grâce à une scénographie numérique interactive, non seulement de découvrir la personnalité de Voltaire et son oeuvre colossale mais aussi la vie quotidienne de celui qui était déjà adulé de son vivant ! Une belle réussite qui met en exergue l’atout culturel du département de l’Ain. Pour en savoir plus : château-ferney-voltaire.fr

« Prendre les Eaux » à Divonne-les-Bains

Située seulement à 15 km de Genève, à la frontière de la Suisse Romande entre Jura et Lac Léman, Divonne était déjà appréciée des Romains qui édifièrent un aqueduc souterrain long de 11 km jusqu’à Nyon pour capter l’une de ses sources ! Son eau minérale, pure et légère, riche en fluor, calcium et magnésium offre des vertus apaisantes particulièrement appréciées par ceux qui souhaitent se ressourcer.

Fréquentée pour ses eaux à partir de 1830, la commune se dote d’une station thermale en 1849, grâce au docteur Paul Vidart. En 1850 les premiers curistes arrivent et la ville devient célèbre en accueillant (en 1855) son premier hôte de marque, Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de Napoléon. Au début du 20ème siècle, on n’y vient plus seulement pour se soigner mais aussi pour se montrer et le nouvel établissement thermal, aujourd’hui disparu, adopte le style mauresque, très prisé à l’époque ! Le golf est créé en 1931, au coeur de la ville et à côté du casino-palace… Il garde depuis sa notoriété et ses 18 trous fréquentés seulement par les initiés. On y a vu swinguer les plus grands : Palmer, Ballesteros, Lee Trevino ou encore Chris Dimarco et Ernie Els !

Aujourd’hui, Divonne-les-Bains dispose d’un ensemble d’infrastructures faisant sa notoriété en France et à l’étranger : une base de loisirs autour du lac, un château, un centre culturel, un théâtre-cinéma centenaire, un hippodrome, un centre nautique olympique et des équipements sportifs de haut niveau. Infos : divonnelesbains.com

L’hôtel de La Mainaz sur la route du col de la Faucille

Une demi-heure de route, au départ de Genève, conduit au Col de la Faucille culminant à 1.323 mètres. Nous sommes dans le Parc Naturel Régional du Haut-Jura et de la Réserve Naturelle de la Haute-Chaîne du Haut-Jura. Juste avant d’y arriver, à seulement 1 km, l’hôtel de La Mainaz, superbe chalet de bois, offre tout le charme d’un 4* et la tranquillité d’un « Relais du Silence ».

Lever de soleil sur le panorama de La Mainaz

Ici, on tutoie les sommets et le panorama à 360° qui s’offre des terrasses et des chambres déploie toute la grandeur du lac Léman et l’immensité, en toile de fond, des Alpes et du majestueux Mont-Blanc. Eté comme hiver, l’établissement propose toutes les activités liées à la montagne avec la proximité immédiate des pistes de ski et de dizaines de chemins de randonnée. La décoration joue sur le bois clair, la pierre, et l’évolution des pratiques hivernales avec de nombreux « outils » devenus vintage…

Cette belle atmosphère « décontracté-chic » se retrouve à table où le Chef Mathieu Sagardoytho travaille les produits du terroir à sa façon pour le plus grand plaisir de ses hôtes. Nous y avons dégusté un « cabillaud, coquillage et livèche en marinière, aïet, jeunes poireaux, cébettes » et en dessert un « Paris-Brest » revisité en « Paris-la Mainaz » remarquables de goût et d’inventivité. Une superbe adresse pour apprécier l’Ain et ses montagnes. Infos : la-mainaz.com


En quittant ce lieu privilégié, il faudra continuer la route et franchir le col pour redescendre vers Chézery-Forens où nous visiterons la Fromagerie « L’Abbaye ».


Au début du 19ème siècle, le col de la Faucille était toujours le lieu de passage de la diligence venant de Paris et par laquelle arrivaient les nouvelles sur l’économie. Ainsi, nous explique-t-on, un banquier genevois s’était fait installer dans sa maison (en 1823), une lunette grossissante visant le col de la Faucille. Il s’était mis d’accord avec le cocher : si à Paris le cours de la rente à 3 % avait progressé, le cocher ajoutait un chiffon blanc à son fouet. Le banquier se dépêchait alors d’acheter des titres de rente qu’il revendait aux autres banquiers genevois en retard sur l’information  connue une fois la diligence arrivée place du Molard à Genève… Délit d’initié dirait-on aujourd’hui !

La Fromagerie de l’Abbaye à Chezery-Forens : Comté et Bleu de Gex

Il ne reste plus que 4 fromageries fabriquant le Bleu de Gex ! Les moines du Dauphiné, installés dans le Pays de Gex dès le 14ème siècle, inventèrent le procédé du fameux fromage à pâte persillée. La petite histoire nous apprend que le Bleu de Gex était le fromage préféré de Charles Quint ! Dans les pâturages de la région, la flore variée et parfumée donne au lait de vache cette saveur typique qui distingue le Bleu de Gex des autres bleus. C’est un fromage au lait cru de vaches montbéliardes.  Il bénéficie d’une AOC obtenue en 1977 et devenue AOP en 1996. Chaque meule (production annuelle : 550 tonnes) porte la signature « Gex » moulée en creux sur la croûte. La visite de l’unité de fabrication est aménagée en galerie permettant de comprendre les différentes étapes du processus.

Le Comté, de la famille des pâtes pressées cuites, est aussi élaboré à partir de lait cru entier de vaches montbéliardes et Simmental. Premier des fromages AOC en volume, il est produit suivant un procédé artisanal précis dans 160 « fruitières » dont 7 implantées dans l’Ain. Fonctionnant sur le principe coopératif, la Fromagerie « L’Abbaye » dispose aussi d’une e-boutique : fromagerie-abbaye.fr

Balade dans les « Pertes » de la Valserine

Ce matin, nous avons rendez-vous avec Sylvain Poncet, accompagnateur en montagne, qui va nous guider dans les gorges de la Valserine, première rivière labellisée « Site Rivières Sauvages » c’est-à-dire où l’homme n’a pas laissé son empreinte. Après un parcours accidenté de 47 km fait de canyons calcaires qualifiés de « Pertes » ou « Oules », elle se jette dans le Rhône à la sortie du village de Bellegarde-sur-Valserine. Réputée pour sa truite Fario, elle abrite de nombreuses espèces de poissons.

Le défilé de Fort-l’Ecluse, passage creusé par le Rhône entre deux montagnes est la principale voie d’accès (en France) au Pays de Gex et au pays genevois au sud du lac Léman. 

Site naturel où l’eau a creusé la roche, créant ainsi un labyrinthe de canyons, elle dispose d’un passage à gué appelé “Pont des Oules » qui était la seule possibilité de franchissement d’une rive à l’autre. Il fut très emprunté, notamment par les commerçants se rendant vers les foires de Genève ou de Bourgogne. Longtemps frontière de la zone franche entre la France et la Suisse, elle fut aussi prétexte à une prolifique contrebande !

La balade ombragée et facile permet d’en apprécier tout le charme et d’avoir toutes les explications historiques, faune et flore grâce aux connaissances du guide. Infos : sylvain-guide-rando.com

Le Barrage de Génissiat, fleuron du tourisme industriel

Le barrage de Génissiat est le deuxième barrage et la deuxième centrale hydroélectrique française construite sur le Rhône, le premier aménagement étant celle de Cusset. Au moment de son inauguration, il fut le plus important ouvrage d’Europe occidentale et a contribué au redressement de la France d’après-guerre grâce à l’électricité qui alimentait Paris.

Programmé en 1933, le chantier débute en 1937. Près de 3.000 ouvriers, techniciens et ingénieurs travaillent sur le site. En 1939, le fleuve est coupé pour jeter les fondements de l’ouvrage. La guerre met un frein au chantier qui est même noyé en 1940. Les travaux se poursuivent néanmoins, mais il faudra attendre 1948 pour que débute la mise en eau. Le barrage est alors inauguré par le Président Vincent Auriol qui le décrit comme le « Niagara français » !

Il appartient à un ensemble de six aménagements du Haut Rhône. Sa hauteur est de 104 mètres. C’est le seul de moyenne chute. La hauteur maximale de chute est de 67 mètres.

En mars dernier, le parcours de visite a été inauguré par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) qui souhaite partager, avec le public l’histoire et le fonctionnement de cette merveille de technologie. Cette ouverture s’inscrit dans la démarche « Les Circuits de l’énergie » qui répond à l’ambition commune des acteurs publics et de CNR d’accroître l’attractivité du territoire en développant le tourisme industriel.

Rappelons que CNR est le premier producteur français d’énergie exclusivement renouvelable (eau, vent, soleil) et le concessionnaire et aménageur du Rhône pour la production d’hydroélectricité, le transport fluvial et les usages agricoles.

La visite se fait en trois étapes : La découverte du fleuve Rhône, organisée autour d’un film immersif invite à suivre le parcours d’une goutte d’eau ; accès à la salle des machines, le véritable coeur de la centrale. Un espace de médiation vous attend, pour comprendre le processus de transformation de l’eau en électricité ; Une grande galerie d’exposition, le long de la salle des commandes vous invite à replonger dans l’histoire fascinante du site et de CNR. Une visite à la fois pédagogique et ludique qui devrait particulièrement sensibiliser les enseignants grâce à des explications pédagogiques, des films ou des maquettes interactives. Infos : lescircuitsdelenergie.fr

L’Ain recèle bien d’autres atouts qu’il faudra découvrir lors d’une prochaine escapade…

Reportage Texte & Photos : Dany Antonetti

CARNET DE VOYAGE : COUPS DE COEUR
Restaurant Les Cépages à Thoiry 

A 15 minutes de Genève, nous voici à Thoiry : rien à voir avec le zoo de la région parisienne (Yvelines)… Nous sommes dans le pays de Gex aux pieds des Monts du Jura. Une grille en fer forgé derrière laquelle se dresse une immense bâtisse de près de 200 ans que ses propriétaires, passionnés, ont restaurée et transformée en un magnifique restaurant. Le jeune Chef, Vincent Saupin, y élabore une cuisine créative comme ce filet de dorade royale et son quinoa aux petits légumes sauce citron, ou ce Suprême de poularde de l’Ain dans son jus de morilles… Une belle adresse : lescepages.com

Restaurant Le Sorgia à Lancrans

Dans le petit village de Lancrans, à 2 km de Bellegarde-sur-Valserine, une maison où la famille Marion vous accueille depuis 1889 ! A l’époque, c’était une ferme qui recevait les voyageurs à l’enseigne « Chez Marion ». Les générations se succèdent et aujourd’hui, Alexandre Marc , titulaire du titre de Maître Restaurateur, met en valeur la tradition, en proposant une cuisine traditionnelle influencée par ses différents voyages en Europe et dans le monde entier. Naturellement, une délicieuse poularde de l’Ain est à la carte ! Infos : lesorgia.fr

* Merci à Colette Dubois, chargée des Relations Presse à l’Agence de Développement Touristique du Département de l’Ain pour la parfaite organisation de ce reportage. Infos : ain-tourisme.com

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