De l’Ariège à la Catalogne, le Chemin des Bonhommes…

Entre France et Espagne, le Chemin des Bonhommes

 BonhommesRandonner sur le « Chemin des Bonhommes », c’est partir sur les traces des Cathares (ainsi étaient-ils surnommés) et de leur histoire. En effet, ce chemin frontalier qui va de Foix (Ariège) à Berga (Catalogne) était celui emprunté jadis par ces catholiques excommuniés fuyant l’Inquisition. Aujourd’hui, des deux côtés de Pyrénées, les autorités touristiques travaillent en cohésion pour populariser ce tracé, route de migration des Cathares persécutés, empreint d’une mémoire patrimoniale exceptionnelle.

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Appelé « Cami dels Bon Homes » du côté Catalan, le GR 107 (C’est de ce sentier de Grande Randonnée qu’il s’agit) parcourt environ 200 km à travers les Pyrénées traversant différentes villes avec toutes les possibilités d’hébergements. Il offre de très beaux paysages pour découvrir l’Art Roman, les habitants, les traditions, les marchés médiévaux ou encore toutes les animations des mois d’été. Il faut compter environ 10 jours et de bonnes jambes pour le parcourir dans son intégralité mais l’excursion peut aussi se faire à cheval, à VTT et même si vous ne vous sentez pas trop de porter un lourd fardeau, vous pourrez toujours vous  allouer les services d’un âne qui s’en chargera pour vous !

departDe nombreux points d’intérêt jalonnent le parcours comme le château de Gosol, le village de Saldes au pied du Pedraforca, la cité médiévale de Bagà, Bellver de Cerdanya et ses environs ou encore le Sanctuaire de Queralt (XVIIème siècle), point de départ du chemin et « Balcon de la Catalogne »…Entre le XIème et le XIVème siècle, la voie était un véritable axe économique qui unissait l’Ariège, la Cerdanya et le Berguedà. Les Cathares fuyaient, errant de maison en maison, pour gagner les hautes terres catalanes vers Urgell…Mais commençons par une petite leçon de « catharisme » au pied du château de Montségur !

Olivier de Robert, historien et conteur…

Notre premier rendez-vous est pris au château de Montségur et Olivier de Robert est chargé de nous remettre en mémoire cet épisode peu glorieux de domination catholique. « Aux alentours de l’An 1000 on est dans un monde très dur où la souffrance est permanente. On vit peu et difficilement d’où le raccrochement à Dieu. On a vraiment besoin de croire à une vie après la mort et la balance qui estime le poids des pêchés donne aux gens une trouille monumentale de l’enfer ! Le peuple est fasciné par Jésus, personnage proche du quotidien. Cependant la question existentielle qui se pose est celle de la responsabilité de Dieu dans l’enchaînement des catastrophes… La réponse des Cathares est simple : si ce monde est si hostile et si Dieu est bon, il ne peut l’avoir créé donc il est une invention du diable…
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Alors tout s’explique : la grêle, les inondations, la sècheresse, la famine… Dieu n’a créé que ce qui est immatériel et impalpable : l’âme ! Cette âme, d’essence divine, est prisonnière d’un corps diabolique…Mais lorsqu’une âme est libérée d’un corps, elle va à nouveau s’emprisonner dans un autre tout aussi diabolique qu’il soit paysan ou roi…Homme ou femme. A l’époque, l’église n’accepte pas que les femmes aient une âme et les Cathares affirment, au contraire, qu’elles ont la même âme que les hommes ! D’ailleurs les femmes joueront un grand rôle dans cette nouvelle religion et la première communauté installée à Montségur au début du XIIIème siècle semble être féminine.

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Lorsqu’en 1208 la situation est bloquée, le pape appelle les Catholiques à une croisade contre l’hérésie. Bien qu’à priori les Chrétiens n’aient pas le droit de tuer, ils mettent en place une théorie : si l’autre n’est pas chrétien, c’est qu’il n’a pas d’âme, donc, on peut le tuer… L’anecdote dit que le légat Arnaud-Amaury fait alors massacrer toute la population de Béziers et lorsqu’on lui demande comment il est possible de reconnaître les vrais catholiques des cathares, il répond : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ». L’Inquisition est une véritable police religieuse basée sur la torture ou « question », la délation, le fichage et l’interrogatoire… Pour l’historien, ces registres conservés sont un immense patrimoine permettant de suivre avec précision le chemin des proscrits (http://www.cathares.org ). Finalement, en 1244, Montségur est pris et les Cathares en lente voie d’extinction…L’église cathare disparut du Languedoc en 1321 lorsque l’Inquisition, après 90 ans de harcèlement, brûla à Villerouge-Termenès dans les Corbières, le dernier « parfait » (c’est ainsi que s’appelaient les chefs cathares) connu, Guillaume Bélibaste »…Olivier de Robert raconte cette histoire tragique avec une telle passion qu’on pourrait écouter longtemps encore les péripéties de cette sombre époque !

Sur les pas des Cathares…

randonneuses
Notre bref séjour en Catalogne nous a permis quelques incursions sur le « Chemin des Bonhommes » à travers le parc naturel du Cadi-Moixero : à Bellver de Cerdanya, Santa Maria de Tallo est la plus importante église de la région au carrefour de quatre chemins : celui de Perpignan, celui du col de Pendis, celui de la vallée et celui qui arrive du col de Puymorens. Le village est un lieu de passage depuis le Xème siècle et cette église romane date du XIème.

Des produits artisanaux…

confiture
A Bellver de Cerdanya, rencontre avec Jean St-Genis qui élabore des produits alimentaires artisanaux depuis 1983. “Si je parle Français, dit-il, c’est que j’ai vécu dans votre pays pour échapper au franquisme. Ici, j’ai créé une petite association de producteurs « Artisans Alimentaires des Pyrénées » et vends ma production dans ma boutique « El Tupi de Bor ». Uniquement des produits du terroir : confitures, cèpes, giroles, vinaigre arômatisé, miel…”
picassoA Gosol, village juché à 1453 mètres d’altitude, on évoque les ruines du château médiéval propriété des barons de Pinos, protecteurs des Cathares fugitifs. On parle aussi du séjour de Picasso, en 1906 qui serait venu à dos d’âne et serait reparti avec six baudets pour emporter toute sa production ! D’ailleurs la fontaine de la place (femme au pain) est représentée sur un célèbre tableau.
Dans la vieille ville de Bagà, au centre historique médiéval, l’histoire du catharisme fait l’objet d’un musée appelé « Centre Médiéval i dels Càtars », véritable Centre d’Interprétation du Catharisme.

Liens pour organiser le voyage :

CDT de l’Ariège : http://www.ariegepyrenees.com
Sentiers Pyrénéens : http://www.sentiers-pyreneens.com
Catalogne en Espagnol: http://www.catalunyatourisme.com
Catalogne en Français : http://www.tourismedelacatalogne.fr
Chemin des Bonshommes en Espagnol : http://www.camidelsbonhomes.com
Chemin des Bonshommes en Français : http://www.chemindesbonhommes.com