Briançon et la Vallée de Serre Chevalier : Le virage vert au sommet

Il y a bien longtemps que je n’avais pas posé mes valises dans la vallée de Serre Chevalier. Trop longtemps, sans doute. Cet été, c’est avec un œil neuf et une curiosité affûtée que je reviens sur ces terres de lumière. Mon objectif ? Prendre le pouls d’une vallée en pleine mutation. Entre la révolution tranquille de la mobilité douce – où le vélo et la marche à pied redessinent les déplacements – et les préparatifs concrets des Jeux Olympiques d’hiver dans trois ans, le territoire s’invente un nouvel horizon. Voyage au cœur d’une montagne qui bouge.

L’Histoire au sommet : Le verrou de Vauban

Briançon et la Vallée de Serre Chevalier

Impossible de remonter la vallée sans s’arrêter à Briançon. Culminant à 1326 mètres d’altitude, la plus haute ville fortifiée de France impose le respect. Pour en saisir toute la majesté et les secrets, un conseil : laissez-vous guider par les experts du Service du Patrimoine.

Bien avant de devenir ce chef-d’œuvre de pierre, la cité était déjà un carrefour hautement stratégique. Dès l’Antiquité romaine, elle surveillait la voie Domitienne reliant l’Italie à la Gaule. Au Moyen Âge, Briançon s’émancipe et devient le cœur de la République des Escartons, une alliance unique de vallées alpines où les paysans, fait rare pour l’époque, rachetèrent leurs libertés aux seigneurs locaux. Mais sa position frontalière en fait aussi une cible permanente. En 1692, la ville est en grande partie ravagée par un terrible incendie, alors même que les troupes du Duc de Savoie menacent la région. Louis XIV comprend qu’il doit verrouiller cette porte d’entrée du royaume. Il y envoie son meilleur homme : Sébastien Le Prestre de Vauban.

Le célèbre ingénieur militaire redessine alors entièrement la Haute Ville (la fameuse « Gargouille ») avec ses courtines, ses bastions et ses portes monumentales. Mais le génie de Vauban réside surtout dans une intuition : pour défendre Briançon il faut occuper les hauteurs environnantes et empêcher l’ennemi de s’y installer. Ce sont ses talentueux disciples, au cours du XVIIIème siècle, qui concrétiseront cette vision en bâtissant une incroyable constellation de forts suspendus. Le Fort des Trois Têtes, le Randouillet, ou encore le majestueux pont d’Asfeld – véritable prouesse technique jetée au-dessus du vide – viennent ceinturer la vallée. Ce site unique, aujourd’hui inscrit au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, offre un contraste saisissant entre la rigueur de la pierre militaire et la douceur des paysages alpins. Une mise en bouche historique indispensable avant de se tourner vers l’avenir.

La Via Guisane : Le trait d’union de la mobilité douce

Quittons les remparts pour tester les nouvelles infrastructures de la vallée. Le symbole de cette transition vers un tourisme plus durable porte un nom : la Via Guisane.

Ce superbe itinéraire partagé relie Briançon à Monetier-les-Bains, en longeant les eaux vives et claires de la rivière Guisane. Pourquoi une telle voie ? L’objectif est double : offrir aux locaux comme aux visiteurs une alternative sécurisée, ombragée et totalement déconnectée du trafic automobile pour circuler d’un village à l’autre. Que l’on soit randonneur contemplatif ou adepte du vélo (électrique ou musculaire), la Via Guisane incarne parfaitement cette volonté de « mobilité douce ». On y avance au rythme de la nature, traversant mélèzes et clairières, avec les Écrins pour toile de fond. Une véritable bouffée d’air pur et un modèle de partage de l’espace montagnard.

  • 26 kilomètres : C’est la longueur totale de ce parcours qui s’étire le long de la vallée.

  • De 1 200 à 1 500 mètres : L’altitude de l’itinéraire, qui s’élève en douceur au fur et à mesure que l’on remonte la vallée.

  • 300 mètres : Le dénivelé positif total entre le point bas (Briançon) et le point haut (Le Monêtier-les-Bains). La pente reste globalement douce et accessible.

  • 4 communes traversées : Le tracé relie Briançon, Saint-Chaffrey (Chantemerle), La Salle-les-Alpes (Villeneuve) et Le Monêtier-les-Bains.

  • 100% nature et sécurité : L’itinéraire est majoritairement interdit aux véhicules motorisés, alternant entre voies vertes réservées et pistes forestières ou chemins ruraux partagés.

Briançon et la Vallée de Serre Chevalier Focus SAM 6.7

Arpenter la Via Guisane, ce n’est pas seulement s’offrir une parenthèse sportive, c’est aussi traverser un sanctuaire naturel d’une incroyable richesse. Ici, le murmure constant de la rivière dicte le rythme et abrite une biodiversité remarquable que le marcheur attentif ou le cycliste curieux peuvent observer à chaque détour.

Le goût des cîmes : L’or vert des 4 Frères

Le roi incontesté des lieux est le mélèze. Ce conifère typique des Alpes du Sud accompagne le voyageur tout au long du tracé offrant une ombre bienveillante et tamisée. Mais dans la vallée, cet arbre emblématique ne se contente pas de dessiner le paysage : il se déguste. C’est en s’écartant de la Via Guisane que l’on pousse la porte de l’exploitation des « 4 Frères », une aventure familiale ancrée dans le terroir briançonnais. Ici, on perpétue un savoir-faire ancestral en transformant les jeunes bourgeons et les cônes printaniers de l’arbre en un produit d’exception : la fameuse liqueur de mélèze. Une immersion au cœur d’une exploitation où la passion du goût s’allie au respect rigoureux de la forêt.

Installée en plein cœur de la vallée à La Salle-les-Alpes (8, Route de Briançon), cette distillerie est une véritable histoire de famille et de passion. Comme leur nom l’indique, ce sont quatre frères, enfants du pays, qui ont choisi de s’unir pour faire revivre et moderniser le savoir-faire des anciens liquoristes et bouilleurs de cru de la région. Leur secret de fabrication c’est la pièce maîtresse de l’atelier l’alambic centenaire. Les quatre frères distillent leurs créations à l’aide d’un alambic en cuivre chargé d’histoire qui donne aux alcools une texture et une rondeur impossibles à obtenir avec des installations industrielles. Fidèles à une démarche écoresponsable, ils récoltent eux-mêmes, à la main, les bourgeons de mélèze, les baies de genièvre, la verveine ou la menthe sauvage directement sur les sommets environnants.


La révolution VTTAE : des pavés historiques aux sommets alpins

Le soleil se lève à peine sur les sommets du Briançonnais, embrasant les façades de la Haute-Ville. Pour cette deuxième journée, je troque les chaussures de marche pour une monture d’un nouveau genre : un VTTAE (VTT à assistance électrique). Dans une vallée qui s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques dans trois ans, le « E-Bike » est devenu l’arme absolue de la polyvalence. Il efface les dénivelés autrefois réservés aux athlètes de haut niveau et ouvre la haute montagne à tous les passionnés de grands espaces.

Mon aventure commence au cœur névralgique de la cité Vauban : la Place d’Armes. Avec ses façades colorées aux teintes pastel et ses terrasses animées, cette place historique offre un contraste saisissant pour un départ en VTT. C’est ici, au pied de la collégiale, que l’on réalise la magie de la géographie briançonnaise. En quelques coups de pédale, et grâce à la fée électricité, on s’extrait des fortifications pour basculer instantanément dans le domaine du sauvage et du vertical. Depuis ce point central, le réseau de pistes offre un terrain de jeu exceptionnel, adapté à toutes les envies de sport et de découverte.

Le circuit des Forts suspendus c’est la suite logique de notre visite historique de la veille. En partant de la Place d’Armes, la piste s’élève rapidement en lacets au-dessus de la ville. Le VTTAE permet d’avaler sans s’asphyxier les pistes militaires qui mènent au Fort des Trois Têtes, puis plus haut vers le Fort du Randouillet. Rouler sur ces chemins chargés d’histoire, avec la cité Vauban qui rétrécit sous nos pieds, procure une sensation de liberté unique. Le panorama à 360° sur la vallée de la Durance et de la Guisane y est spectaculaire.

Carnet de route
Pour vous lancer à l’assaut de ce paradis du VTTAE, faites comme moi : allez à la rencontre des locaux et passez la porte de l’Office de Tourisme. Leurs équipes sont toujours de bon conseil pour vous aiguiller vers le tracé idéal selon votre niveau et la météo du jour.

Un avertissement toutefois : ici, nous sommes en vraie montagne, ça grimpe fort et vite ! Les batteries de nos vélos sont soumises à rude épreuve et l’autonomie affichée peut rapidement fondre face au dénivelé briançonnais. Heureusement, les constructeurs de moteurs intègrent désormais des outils et des applications intelligentes capables de prédire avec précision la quantité d’énergie qu’il vous restera à la fin de votre boucle, en calculant l’effort selon votre mode d’assistance et le profil du parcours.

Une technologie bien précieuse… même si, pour ma part, j’avoue avoir géré mon effort un peu trop généreusement : j’ai coupé la ligne d’arrivée à 0 % tout rond ! Heureusement qu’en haute montagne, le retour implique une règle d’or universelle : après l’effort de la montée, la fin du voyage se fait toujours en descente, les cheveux au vent.

Le repos du biker : Recharger les batteries à Briançon

Après une journée intense à user les crampons sur les pistes militaires et les sentiers en balcon de la vallée, vient le moment tant attendu : poser le vélo, détendre les muscles et recharger les batteries. Si les moteurs électriques ont retrouvé leur borne de charge pour la nuit, le cycliste, lui, a besoin d’un autre type de carburant. Toujours sur les précieux conseils de l’Office de Tourisme, j’ai testé pour vous trois adresses incontournables au cœur de la ville pour se restaurer et s’endormir avec des étoiles – et des montagnes – plein les yeux.

Le camp de base idéal : L’Hôtel Vauban

Briançon et la Vallée de Serre Chevalier. Hôtel Vauban

Pour passer la nuit, direction l’Hôtel Vauban. Situé idéalement sur l’avenue du Général de Gaulle, cet établissement à l’accueil chaleureux et décontracté est le véritable camp de base des passionnés de nature et de sport. Dès le seuil franchi, on découvre un lieu très propre et soigné, où chaque détail est pensé pour le bien-être du voyageur. Avec ses chambres conviviales offrant pour certaines de superbes balcons avec vue sur les sommets environnants, c’est l’endroit parfait pour décompresser. La literie, d’une très bonne qualité, garantit une nuit de récupération optimale après les efforts de la journée. On apprécie particulièrement le calme des lieux et l’esprit « montagne » qui y règne. Enfin, au réveil, impossible de faire l’impasse sur son petit-déjeuner continental complet, l’atout idéal pour faire le plein de force avant de repartir à l’aventure. Une adresse simple, efficace et parfaitement connectée pour rayonner dans toute la vallée de Serre Chevalier.

À table ! Deux escales gourmandes pour sportifs gourmets

Pour le dîner, le choix s’annonce cornélien tant le cœur de Briançon s’anime à la nuit tombée. L’Office de Tourisme m’a soufflé deux adresses de choix, chacune avec sa propre identité :

  • Briançon et la Vallée de Serre Chevalier, l'AlpinLe Restaurant L’Alpin : Installé rue Centrale, cet établissement est une véritable institution locale pour les amateurs de convivialité et de saveurs authentiques. Ici, l’ambiance est chaleureuse et la carte fait la part belle aux spécialités de la région. C’est l’adresse parfaite pour une généreuse cuisine réconfortante après l’effort, où les produits du terroir briançonnais sont mis à l’honneur avec générosité. Une vraie table de copains où l’on aime refaire le match de la journée de ride.

  • Briançon et la Vallée de Serre Chevalier, le 15.9Le 15.9 (Le Quinze Neuf) : Situé avenue du 159ème RIA, ce restaurant tire son nom d’un régiment d’infanterie alpine historique profondément ancré dans la mémoire de Briançon. Dans une ambiance tout aussi soignée, l’établissement propose une cuisine savoureuse, rythmée par des produits frais et de saison. C’est l’escale idéale pour ceux qui cherchent à allier le plaisir des yeux à celui des papilles, avec des assiettes créatives, colorées et particulièrement revigorantes.

Les dates à retenir pour le VTT : Le grand calendrier de l’été

Pour planifier au mieux vos sorties de fin de saison et de rentrée, voici le récapitulatif chronologique des ouvertures du domaine d’altitude et des grands rendez-vous sportifs de la vallée de Serre Chevalier :

  • À partir du 20 juin : Ouverture du télésiège Casse du Bœuf à Villeneuve, donnant immédiatement accès à 70 % du Bike Park.

  • À partir du 27 juin : Ouverture des remontées de Chantemerle (télécabine Ratier, télésièges Combes et Grand Serre). C’est le coup d’envoi pour les activités à sensations : tyrolienne géante, mountain kart et trottinette.

  • À partir du 4 juillet : Ouverture complète du domaine avec la télécabine du Prorel à Briançon et le télésiège du Bachas au Monêtier-les-Bains.

  • Du 4 juillet au 30 août : Pleine saison d’été. L’ensemble des remontées mécaniques permet d’accéder aux sentiers de randonnée, à la via ferrata, au Bikepark, au parc pour enfants « Camp des Marmottes » et aux restaurants d’altitude. Fermeture générale du domaine le 30 août.

  • Du 9 au 11 septembre (Chantemerle) : L’Alps Epic. Le grand rendez-vous sportif de la rentrée sur les traces de la Grande Traversée VTT des Hautes-Alpes.

    • Le 9 septembre : Étape reliant Montgenèvre à Chantemerle en passant par Le Monêtier-les-Bains.

    • Le 10 septembre : Étape en boucle depuis Chantemerle traversant toute la vallée de la Guisane jusqu’au mythique col du Galibier.

    • Le 11 septembre : Étape finale au départ de Chantemerle pour rejoindre Vars.

Pour découvrir l’éventail complet des activités estivales de la vallée (rafting, grands bains, via ferrata, etc.), n’hésitez pas à consulter le site officiel : www.serre-chevalier.com.

 

Le mot de la fin : Un grand merci à la vallée !

Ce reportage express n’aurait jamais pu voir le jour sans la réactivité et la générosité des gens d’ici. Un immense merci à tous ceux qui ont rendu possible cette visite de dernière minute, et tout particulièrement à Lisa, de l’Office de Tourisme, dont le guidage précieux et les conseils avisés m’ont fait gagner un temps fou sur le terrain.

Merci également à tous les intervenants – passionnés, artisans et restaurateurs – qui ont immédiatement répondu présent et ouvert leurs portes au pied levé pour nourrir le contenu de cet article. C’est aussi cela, l’esprit de Serre Chevalier : un accueil spontané et chaleureux, même quand le timing est serré. Promis, pour la prochaine fois, on passera en mode planification complète !

Ce n’est qu’un au revoir : nous nous retrouverons très bientôt dans ces colonnes pour continuer à suivre de près l’évolution passionnante de la vallée et le déploiement de ses futurs aménagements pour les Jeux Olympiques d’hiver. À très vite sur les sommets !

Texte & Photos : Patrice Branchereau

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