Les Baux-de-Provence

Cézanne et Kandinsky aux Carrières de Lumières

Situées au pied de la cité des Baux-de-Provence, au coeur des Alpilles, dans un lieu chargé de mystère : le Val d’Enfer, les « Carrières de Lumières » ont été creusées au fil des années pour extraire le calcaire blanc utilisé pour de nombreuses constructions dans la région de Saint-Rémy. En 1935, la concurrence économique des matériaux modernes conduit à leur fermeture. Mais avec le génie visionnaire de Jean Cocteau, le lieu trouve une nouvelle utilisation en 1959 avec le tournage du film « Le Testament d’Orphée ».

La transformation des Carrières se confirme en 1976 avec la création d’un projet destiné à mettre en valeur l’espace en utilisant les immenses murailles rocheuses comme supports pour sons et lumières. Pendant plus de 30 ans, les Carrières du Val d’Enfer ont accueilli ces spectacles audiovisuels qui s’inspiraient des recherches de Joseph Svoboda, l’un des grands scénographes de la seconde moitié du 20ème siècle.

Depuis 2012, Culturespaces y présente des expositions numériques qui immergent le visiteur dans l’univers pictural des grands noms de l’histoire de l’art sur une surface de projection de 7000m2 du sol au plafond. Les Carrières de Lumières s’affirment comme un lieu d’expérimentation transversale et de diffusion culturelle. En 2017, elles obtiennent le « Thea Awards », prix de la meilleure réalisation artistique immersive.

Aujourd’hui malgré le calamiteux contexte culturel qui empêche toute création artistique, Bruno Monnier, Président de Culturespaces mise sur une réouverture prochaine et a présenté à la presse (Mardi 9 Mars 2021), ces nouvelles expositions prêtes à accueillir le public aussitôt que les autorisations gouvernementales le permettront ! Au programme, deux peintres, finalement pas très éloignés dans leurs recherches picturales : Cézanne et Kandinsky.

Cézanne, le « Maître de la Provence »

« Le soleil est si effrayant qu’il me semble que les objets s’élèvent en silhouette, non pas seulement en blanc et en noir, mais en bleu, en rouge, en brun, en violet. »

L’exposition numérique et immersive des Carrières de Lumières présente les chefs-d’œuvre les plus significatifs de Cézanne (1839-1906). D’abord rejeté puis reconnu tard par ses contemporains, lors d’une rétrospective organisée en 1895, Cézanne est aujourd’hui considéré comme le pionnier de la modernité. Fortement inspiré à ses débuts par Delacroix et Courbet, il délaisse ensuite son atelier pour se tourner vers les impressionnistes, suivant l’exemple de Pissarro en peignant sur le motif. Sa construction unique des formes et de la couleur et sa tendance à l’abstraction, l’amènent à dépasser l’impressionnisme, jusqu’à influencer les cubistes, les fauves et les avant-gardes. Père de l’art moderne, il inspire Van Gogh, Pissarro, Monet, Renoir, Matisse… Picasso le désigne comme « Notre père à tous ».

À travers un parcours thématique, intime et introspectif, l’exposition créée et mise en scène par Cutback sous la direction artistique de Gianfranco Iannuzzi, révèle la tourmente intime de Cézanne, la force de ses constructions, son rapport à la lumière et aux couleurs et son lien avec la nature, qui reste son grand modèle, sa référence obsessionnelle.

Le visiteur est immergé dans la nature, sous les grandes frondaisons des arbres et forêts, des parcs et jardins où se reposent les baigneuses pour finir sur la nature cézannienne par excellence : Bibémus, l’Estaque, et, point culminant, la Sainte-Victoire.

Sa peinture est aussi d’une profonde et entière sincérité, entretenant l’incertain, la passion. Le visiteur porte son regard sur le paysage intime de l’artiste : les autoportraits de son tourment intérieur, la tempérance apportée par l’apaisant quotidien aixois, l’intimité de l’atelier…

« Cézanne, le maître de la Provence » propose un voyage au cœur des œuvres majeures de l’artiste aixois, suivant le fil rouge de la nature vers la Provence et la Sainte-Victoire.

Comme l’explique Gianfranco Iannuzzi : « J’utilise les technologies multimédias les plus avancées pour permettre aux visiteurs d’expérimenter l’art d’une manière émotionnelle. Créer un environnement sensoriel, musical et visuel, interactif ; sublimer des lieux exceptionnels par l’art numérique, voilà comment je pourrais résumer simplement ma démarche qui immerge le public au cœur d’une œuvre dont il est lui-même acteur. » Précurseur dans la création d’installations artistiques immersives depuis 30 ans, Gianfranco Iannuzzi accompagne Culturespaces dans le développement de ses expositions numériques, en Europe et dans le monde, contribuant ainsi, par cette nouvelle forme d’expression et de mise en scène, au rayonnement de la culture et des plus grands noms de l’art.

« Je voudrais marier des courbes de femmes aux épaules des collines. Si j’arrivais à faire ça, j’aurai touché le but. » disait Paul Cézanne. L’artiste peindra au total 26 autoportraits au cours de sa vie. Ces œuvres soulignent une face plus obscure et tourmentée de Cézanne qui attaque la toile avec des coups de pinceau vigoureux et des touches de couleurs brutales.

Installé à Aix-en-Provence, sur la colline des Lauves, l’atelier fait face à la montagne Sainte-Victoire. De 1902 à 1906, Cézanne s’y installe tous les matins parmi les objets qui lui sont chers, les modèles de ses ultimes natures mortes, son mobilier, ses croquis, ses dessins… C’est alors que le peintre compose, structure des scènes, étudie la perspective, expérimente les couleurs, les traits.

 

Le parcours se termine sur les représentations de la montage Sainte-Victoire par Cézanne. Véritable muse de l’artiste, il va la peindre jusqu’à la fin de sa vie. Cézanne réalise au total 44 huiles et 43 aquarelles de ce paysage.

« J’ai besoin de connaître la géologie, comment Sainte-Victoire s’enracine, la couleur géologique des terres, tout cela m’émeut, me rend meilleur. »

Fasciné, Cézanne reproduit sans cesse ce décor, développant sa manière de peindre et sa technique, révolutionnant la peinture : « Longtemps je suis resté sans pouvoir, sans savoir peindre la Sainte-Victoire parce que je l’imaginais l’ombre concave, comme les autres qui ne regardent pas, tandis que, tenez, regardez, elle est convexe, elle fuit de son centre. Au lieu de se tasser, elle s’évapore, se fluidifie. Elle participe toute bleutée à la respiration ambiante de l’air.»

Le village de Gardanne, vu par Cézanne, au tout début du 20ème siècle

Vassily Kandinsky, l’odyssée de l’abstrait

« L’art abstrait est le plus difficile de tous. Pour pouvoir s’y adonner, il faut être un bon dessinateur, avoir une grande sensibilité pour la composition et les couleurs et, c’est le plus important, être un authentique poète. » Vassily Kandinsky

Après « Cézanne, le Maître de la Provence », les Carrières de Lumières présentent une création d’une dizaine de minutes, réalisée à partir des œuvres de l’artiste prolifique et visionnaire, Vassily Kandinsky (1866-1944).

Peintre, poète, théoricien de l’art et fondateur de l’art abstrait, Kandinsky révolutionne l’histoire de l’art avec ses nombreuses compositions, aujourd’hui exposées à travers le monde. Comme Cézanne, il se révèle relativement tard, à l’âge de 30 ans. Né à Moscou, après des études de droit, il voyage à travers toute l’Europe et découvre les artistes avant-gardistes, Cézanne, Monet, Matisse… Kandinsky peint d’ailleurs lui aussi, à sa façon, la montagne Sainte Victoire. Ses recherches sur la symbolique de la couleur et des formes font écho à celles de Cézanne : les deux artistes contestent la perception objective et privilégient l’intériorité du peintre, l’essence même de la création.

Véritable invitation au voyage dans le cosmos intérieur de Kandinsky, l’exposition immersive invite le visiteur à perdre ses repères pour arriver à une osmose finale abstraite et libérée.

Virginie Martin, Motion designer et architecte, responsable de l’exposition déclare : « Concevoir une exposition immersive, c’est ouvrir un dialogue entre la peinture, la musique, l’architecture, le numérique et le visiteur. Ce dialogue inédit met en lumière un grand nom de l’Histoire de l’art, à travers un voyage multi-sensoriel, où la musique s’immisce entre les traits de pinceau, où la puissance du lieu offre un autre regard sur les œuvres magistrales, où le visiteur devient spectateur d’une autre réalité.»

« Les couleurs sont les touches d’un clavier, les yeux sont les marteaux, et l’âme est le piano lui-même, aux cordes nombreuses, qui entrent en vibration. » Vassily Kandinsky

Le visiteur entre dans l’univers géométrique de Kandinsky teinté de l’influence du Bauhaus où il écrit son second traité, Point et ligne sur plan, publié en 1925. C’est une période intense de production pour Kandinsky. « Chaque œuvre naît, du point de vue technique, exactement comme naquit le cosmos… Par des catastrophes qui, à partir des grondements chaotiques des instruments, finissent par faire une symphonie que l’on nomme musique des sphères. La création d’une œuvre, c’est la création du monde. » Vassily Kandinsky

Les « Carrières de Lumières » se situent à 800 mètres du Château-des-Baux, 15 km au nord-est d’Arles et à 30 km au sud d’Avignon. L’ouverture au public sera annoncée sur le site carrieres-lumieres.com
Adresse : Route de Maillane / 13520 Les Baux-de-Provence

Reportage Dany Antonetti / Photos Gérard Antonetti