CANADA/Nouveau Brunswick : Tous les Acadiens…

Reportage / Texte : Dany Antonetti  – Photos : Gérard Antonetti  © Juillet 2023

Il y a longtemps que nous voulions découvrir ce territoire qui porte en lui toute une mémoire française dans ce pays d’Acadie où s’établirent les premiers migrants Français au Canada… Notre culture et notre langue particulièrement vivaces en Acadie où les colons furent l’objet de toutes les haines sont particulièrement sauvegardées grâce à un peuple fier de cette origine ! Profitant d’un séjour à Montréal, nous avons fait le tour du Nouveau Brunswick, là où tout a commencé…

Le joli port d’Alma

Nous quittons Montréal par la Transcanadienne pour entrer au Nouveau Brunswick à Edmundston après environ 7 heures de conduite et 550 km d’autoroute. Notre grand tour du Nouveau-Brunswick sera le suivant : Edmunston, Fredericton, Saint Andrews, Saint John (longer toute la Baie de Fundy), Shediac, Moncton, Bouctouche (Détroit de Northumberland) par la Route du littoral acadien puis remonter vers Caraquet et rejoindre Edmundston pour finir le tour de la péninsule et retourner vers Montréal… Au total près de 2500 km parcourus en une semaine et des images plein la tête malgré que les cieux n’aient pas toujours été de la partie !

Maison du Village Historique Acadien

Edmundston et la République de Madawaska, porte d’entrée des provinces maritimes

Après quelques heures d’autoroute « Au Revoir » Québec et « Bonjour » au Nouveau Brunswick dans la Haute Vallée du fleuve Saint-Jean. Très proche de l’état américain du Maine mais surtout haut lieu francophone historique lié à la culture acadienne.

Edmundston : le Jardin Botanique

Le terme « Brayon » désigne ces habitants du nord-ouest du Nouveau-Brunswick parlant français. Certains historiens soulignent que « Brayon » peut être associé aux premiers colonisateurs de la Nouvelle France provenant du pays de Braye en Normandie : leur nourriture de base « la ploye » n’est-elle pas une crêpe à base de farine de blé et de sarrasin ? mais d’autres affirment que les ployes « ploguent » vite l’estomac (c’est-à-dire rassasient !)… Il va falloir s’accrocher pour piger ce vocabulaire désuet (Voir le conteur du pays de la Sagouine ! ) bourré d’anglicismes et associé à un accent surprenant et bien différent de celui de nos amis Québécois… Edmunston est la deuxième plus grande ville canadienne à majorité francophone hors Québec après Dieppe (Oui, au Nouveau-Brunswick pas en Normandie !). En 1851, à la suite d’une visite de Sir Edmund Walker Head, Lieutenant-Gouverneur du Nouveau-Brunswick et Gouverneur Général de la Province Unie du Canada, le nom Edmundston fut donné à la ville remplaçant celui de « Petit-Sault » qui lui avait été attribué en référence aux chutes situées à l’embouchure de la rivière Madawaska. 

Jadis la région était peuplée par les Malécites et « Madawaska » signifie « pays des porcs-épics » dans cette langue… mais le territoire était disputé par les gouvernements du Maine, du Nouveau-Brunswick et du Québec… La légende veut que les citoyens aient décidé de devenir autonomes ! Ainsi naquit cette fameuse « République » virtuelle dont le Président est… le Maire d’Edmunston. Le monument Madawaska devant l’hôtel de ville rappelle cette période de l’histoire du pays.

Un superbe Jardin Botanique…

Le Jardin Botanique d’Edmunston est un jardin d’agrément où il fait doux se balader au bord du petit lac en observant les canards, s’émerveiller par l’art topiaire présent au détour des allées… mais c’est aussi un lieu de découverte, d’apprentissage et de conservation de la diversité des espèces végétales. Il vise également à faire découvrir les liens entre les arts et la nature ainsi que ceux entre l’humain, la science et l’environnement.

S’il y a un site à ne pas manquer lors de votre visite, c’est bien « Khronos »,  une oeuvre monumentale consacrée au Dieu du Temps par l’artiste Eveline Gallant-Fournier qui a voulu que « la vie vibre à l’intérieur de ce corps de pierre et que les gens par le biais des éléments et de leur imagination puissent participer à la vie de l’oeuvre »…

Sur la promenade, le phare transformé en Bar-Restaurant

A VOIR AUSSI…Une piste cyclable de 130 km relie Edmundston à Rivière-du-Loup au Québec ; le Musée Historique du Madawaska… L’orgue à tuyaux néo-baroque à trois claviers Casavant à traction mécanique de l’église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs situé dans une salle avec une superbe acoustique est l’un des plus beaux orgues à tuyaux au Canada.

Fredericton, son marché et sa Galerie d’Art Beaverbrook

Arrivée à Fredericton samedi 1er Juillet : Fête Nationale du Canada ! Située sur les deux rives du fleuve Saint-Jean, Fredericton est la capitale du Nouveau-Brunswick. La ville fut fondée par les Acadiens  sous le nom de Sainte-Anne-des-Pays-Bas en 1732. Les Britanniques l’incendièrent en 1759 durant la déportation des Acadiens. Nous sommes à 810 km à l’est de Montréal mais seulement à 690 km au nord-est de Boston. Deux ponts relient la rive nord de la rivière Saint-Jean à la rive sud. La ville est connue pour sa base militaire britannique du 18ème siècle et son quartier historique de garnison… Lors de notre passage les lieux de visite étaient clos à cause des festivités…

Ici, le marché fermier « Boyce Farmers Market » du samedi matin est une véritable institution de plus de 200 ans et en cette chaude journée de Fête Nationale toutes les familles s’y sont donné rendez-vous pour un moment d’achats mais aussi de convivialité autour de tous les produits du terroir à déguster sur place. La  ville est amicalement surnommée « Freddy » par ses citoyens.

Autre spécificité : Fredericton propose « La randonnée des boissons artisanales » car de nombreuses brasseries y ont pignon sur rue et les amateurs peuvent acheter un « pass » qui leur fera découvrir de nouveaux arômes !

La Galerie d’Art Beaverbrook de Dali à Warhol… 

Cette Galerie d’Art (créée en 1958) abrite de nombreuses œuvres d’artistes de renommée nationale et internationale. Son oeuvre maîtresse est « Santiago El grande » signée Dali (1957) une représentation monumentale de l’apôtre saint Jacques (Santiago El Grande en espagnol) considérée comme l’une des plus accomplies de l’artiste. Dalí, lui-même, partageait cet enthousiasme. En 1959, il déclarait avec sa modestie légendaire : « C’est la meilleure peinture depuis Raphaël » ! Le tableau représente Saint Jacques, le saint patron de l’Espagne, qui émerge de l’océan sur un cheval blanc en brandissant un Christ en croix démesuré.

Autour d’eux s’élève des eaux, une croisée d’ogives gothique ornée de coquilles. Une explosion atomique provenant des quatre pétales d’une fleur de jasmin – symbole de pureté et l’un des parfums préférés du peintre – propulse le coursier triomphant vers le paradis. Lors du dévoilement de son œuvre en 1957, Dalí déclarait que « cette image est conçue comme une énorme explosion cosmique cristallisée dans un maximum de tension spirituelle, qui est la structure du paradis. ». Santiago El Grande fut exposé au pavillon espagnol de l’Exposition Universelle de Bruxelles (1958). Le tableau fut vendu peu de temps après à Lady Dunn, amie de Dalí. Devenue veuve, elle en fit don à la Galerie d’art Beaverbrook juste avant son ouverture. Parmi les autres oeuvres majeures, citons « The Foutain of Indolence » du peintre anglais William Turner ou des portraits d’Andy Warhol.

Fredericton : le siège de l’Assemblée

St-Andrews-by-the-Sea : l’observation des baleines…

St-Andrews-by-the-Sea se trouve dans la pointe sud de la baie de Fundy. Juste en face, c’est l’Amérique avec l’Etat du Maine. Un joli village tout coloré où nous attend Flora, notre hôte, pour nous faire découvrir la côte vue de la mer.

L’après midi se déroulera à bord du bateau pirate « Jolly Breeze of St- Andrews », un grand voilier classique construit en Nouvelle-Zélande et spécialisé dans l’observation des baleines et autres animaux sauvages dans la baie de Fundy ! A bord, une animatrice propose aux enfants des maquillages inspirés de la mer et de la découverte pédagogique sur le milieu.

On traverse la baie de Passamaquoddy en observant les phoques sur des rochers  mais les riches aires d’alimentation attirent aussi les baleines. Malheureusement nous ne serons pas chanceux question baleines…. Outre les baleines, on pourrait aussi apercevoir le marsouin commun et les dauphins à flancs blancs sautant hors de l’eau : on les a vus mais de trop loin pour prendre des clichés ! Des pygargues à tête blanche spectaculaires et de nombreux autres oiseaux de mer pélagiques s’y nourrissent également… Il fait froid et il pleut… Le climat ? On n’y peut rien…

Les phoques se prélassent dans les rochers mouillés par une pluie intermittente…
Le Phare Pendlebury construit en 1833  à l’extrémité de la péninsule (désactivé en 1938) a été restauré et enregistré comme lieu historique canadien.
Evidemment, on ne l’a pas vue : Merci à la photothèque de New Brunswick Tourisme !

St John, la seule ville de la Baie de Fundy et les marées les plus hautes du monde

L’authentique marché couvert de St-John

Saint John est la seule ville de la Baie de Fundy qui comprend 100 km de côte. Ici, la marée monte 2 fois par jour à environ 8,5 mètres ! La ville de St John est la plus ancienne (1785) à avoir rejoint le Canada. Nous sommes dans le « Stonehammer Unesco Global Park » offrant des sites géologiques incomparables ! La géologie de St-John remonte environ à 1,2 milliards d’années lorsque ces terres étaient reliées à l’Afrique… Un des premiers explorateurs européens à cartographier la région fut le Portugais Estebao Gomez qui, en 1535 décrivit le « Rio de la vuelta » (rivière du retour).

Les chutes reversibles « Reversing Falls » que nous visitons sont des rapides… un phénomène causé par la collision entre les marées de la baie et la rivière St Jean. En effet, à marée basse, le fleuve St-Jean se déverse dans la baie créant une série de tourbillons et de rapides tandis qu’à marée haute la puissance de de la marée de la baie de Fundy fait reculer le fleuve et forme des rapides… A son point le plus élevé, elle atteint 17 mètres ! Malheureusement, nous sommes passés à marée basse…

La Baie de Fundy et le Parc National

Le Parc National Fundy, premier parc national du Nouveau-Brunswick (établi en 1948) et ouvert à l’année est un véritable lieu de communion avec la terre, l’océan et le ciel. Apprenez les secrets des gigantesques marées de la baie de Fundy ! Les variétés de plantes se comptent par centaines et incluent la très rare primevère laurentienne…


Trois attractions naturelles exceptionnelles à ne pas manquer sur la côte de la baie de Fundy : le cap Enragé, la promenade du Sentier Fundy et les rochers Hopewell Rocks.


Ecouter le chant enjoué des ouaouarons, la plus grosses grenouille d’Amérique du Nord appelée en anglais « bullfrog » (grenouille-taureau) à ne pas confondre avec les grenouilles vertes ou les rainettes crucifères ! Ouf, ai-je obtenu mon diplôme es-amphibiens ?

Arrivée à Alma un village de pêcheur, puis direction les Rochers Hopewell

En quittant Alma on prend la Route 915 pour aller voir le Phare Cape Enragé, petit détour mais qui en vaut la peine entre le Parc National de Fundy et les Rochers de Hopewell. Ici, les fossiles que l’on trouve datent de plus de 320 millions d’années ! Sur les lieux, une tyrolienne vous fait vivre les sensations du grand vide au-dessus des vagues !  Site : capeennrage.ca

Hopewell Rocks : l’endroit des plus fortes marées

Le Parc Provincial Hopewell Rocks – dans la réserve de biosphère de Fundy créée en 2007- s’appelle, en français, Parc des Rochers d’Hopewell. Leur surnom de « rochers en pots de fleurs » provient des arbres poussant à leur sommet. Les marées y sont de 10 à 14 mètres… La légende micmaque dit que des baleines vivant dans la Baie de Fundy y auraient réduit les Micmacs à l’esclavage… Certains d’entre eux tentèrent de s’échapper et réussirent à se rendre jusqu’à la plage mais les baleines les rattrapèrent pour les transformer en pierres !

Shédiac : capitale mondiale du homard

Shédiac est situé à 30 kilomètres de route au nord-est de Moncton.  C’est une ville du comté de Westmorland située dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick à proximité du parc provincial de la Plage-Parlée. La ville portait à l’origine le nom de La Batture. Le nom Shédiac fait référence à sa position à l’embouchure de la rivière Shédiac. Le nom est dérivé du micmac  Esedeiik, signifiant « qui remonte loin », sans doute en référence à la configuration de la baie de Shédiac. La ville est fondée par les Acadiens vers 1750 probablement sur le site actuel de Cap-de-Shédiac.

Shédiac est la « Capitale mondiale du homard» et la plus grande statue de homard du monde est située à l’entrée principale. Le homard géant a été proposé par le Rotary Club de Shédiac et créé par l’artiste néo-brunswickois Winston Bronnum. Inaugurée le 30 juin 1990, la sculpture fait 11 mètres de long et pèse 90.000 kg. Elle a été construite en acier, béton et autres armatures. A l’origine, elle était peinte de couleurs foncés pour rappeler celles d’un homard avant la cuisson.

 

Nous visitons le Centre du Homard avec notre guide, Shawnan incollable sur la vie et les moeurs de la p’tite bête ! Nous en apprenons beaucoup : même le homard est une petite larve de la grosseur d’un  moustique. Le centre est une association de 1300 membres essentiellement des pêcheurs associés à un biologiste et il a acquis une reconnaissance mondiale. Depuis 2002 une écloserie de homards avec 9 millions de larves y réside ! Une femelle peut pondre 100.000 oeufs et leur nourriture préférée est le crabe commun. Shawan est fière de nous montrer ses plus beaux spécimens dont le fameux homard bleu dont un retrouve un individu sur 10 millions !

Bouctouche, le Pays de la Sagouine

Le Pays de la Sagouine a ouvert ses portes en 1992 sur une petite île au milieu de la Baie de Bouctouche : il s’agit de rendre hommage à une écrivaine acadienne, Antonine Maillet qui relata le quotidien de son pays d’Acadie dans le roman « La Sagouine » histoire de la rude vie quotidienne d’une acadienne, fille et femme de pêcheurs, inspirée de la vie d’une certaine Sarah Cormier devenue laveuse de planchers. La comédienne Viola Léger personnalisait le personnage mais elle est décédée en janvier 2023. Elle joua ce rôle plus de 2000 fois entre 1971 et 2013.

Comme nous l’explique le jardinier des mots, nous ne connaissons pas trop ce vocabulaire acadien dont voici quelques traductions : Aouindre : sortir, retirer ; friper : lécher ; besson : jumeaux ; Forbir : nettoyer, laver ; bagueuler : chialer ; bailler : donner ; grâler : cuire croustillant ; hucher : monter la voix ; brangeoler : c’est branlant… Juste nous connaissions « fayots » qui signifie haricots chez nous :  fierté, même les québécois ne connaissaient pas !

Dans la cuisine où mijotent quelques mets de spécialités nous rencontrons Mathilda : « Ce qu’il nous restait après la déportation c’était notre langue. Moi mes mots anglais je les prononce en anglais… Les écoles françaises existent seulement depuis 1960 au Nouveau  Brunswick ! ».

Et comme tout finit toujours par des chansons en Acadie, nous irons taper du pied auprès de l’orchestre local faisant belle part au folklore !

La dune de Bouctouche

La dune de Bouctouche (12 km de long) est le résultat du travail constant du vent et de l’eau. Elle existe depuis environ 2000 ans formée de sable transporté par les courants marins venant du nord. « L’ammophile à ligule courte » que l’on appelle aussi foin de dune, lui donne une certaine stabilité et lui permet de se maintenir en place. Cette stabilité est toutefois éphémère car les mouvements incessants de la mer et du vent, surtout lors des tempêtes, remodèlent certaines parties modifiant le paysage. Cette dynamique du milieu profite au moins une espèce animale : le pluvier siffleur. En effet, ce petit oiseau en voie d’extinction construit habituellement son nid sur le sable dans des endroits dégagés qui sont parfois délavés par les grandes marées et où la végétation ne peut s’ancrer.

La Distillerie « Fils du Roy » à Petit-Paquetville

Rendez-vous avec Sebastien qui a débuté la fabrication des spiritueux en 2011 avec sa mère grâce à un alambic pour produire de l’absinthe… Cet autodidacte a appris seul toute la chaîne de production de l’alcool. Aujourd’hui, Diane Therio,sa maman a pris sa retraite… et lui, la relève !Son objectif : créer l’absinthe la plus populaire au Canada.

 

 

« Nous avons commencé, dit-il, par un gin maintes fois médaillé, le « Gin Thuya » et un pastis à 65 degrés. Nous sommes à la fois une distillerie et une brasserie. Le « fils du Roy » ? juste mon nom, poursuit-il, qui est « Roy » ! Mes whiskies nécessitent 3 ans minimum de vieillissement dans des barils de chêne américain. Mon absinthe s’appelle la «Courailleuse »… Sébastien est vraiment érudit côté histoire acadienne : « Je me spécialise, dit-il,  sur l’histoire de la Nouvelle France avant la déportation »… et il en connaît un sacré morceau ! Il est à la fois historien, poète… et distilleur… On l’écouterait des heures ! Si vous passez par là, surtout ne manquez pas de lui rendre visite : le meilleur accueil vous sera réservé ! Site et vente par correspondance : distilleriefilsduroy.com

Caraquet, capitale de l’Acadie et son Village Historique

Au bord de la Baie des Chaleurs, Caraquet est la capitale de l’Acadie ! Le journal quotidien « L’Acadie Nouvelle » est le seul francophone des provinces de l’Atlantique et c’est la seule ville ayant reçu 2 fois le titre de « Capitale Culturelle du Canada » en 2003 et 2009.

Sunset sur Caraquet !

Son territoire commence à Grande-Anse à l’ouest, Neguac au Sud et comprend toute la péninsule jusqu’à Miscou Island incluant les communautés de la côte (Neguac, Tracadie, Shippagan, Caraquet, Grande-Anse) et celles de l’intérieur comme Paquetville.

Le Village historique acadien est un complexe touristique composé d’un sentier de 2.2 km bordé d’une quarantaine de bâtiments historiques tous animés par des interprètes costumés et bilingues (anglais et français). Dans un décor bucolique, les multiples personnages présentent les petits et grands moments de la vie quotidienne des familles acadiennes au cours de trois siècles (1770 – 1949). Ils y expriment leurs coutumes, leur ingéniosité et leur chaleureux sens de l’accueil. Véritable musée à ciel ouvert de retour en arrière, le Village Acadien est surtout un devoir de mémoire !

L’ouverture officielle eut lieu le 28 juin 1977. Le Village était composé de plusieurs complexes fermiers acadiens et commerciaux principalement du 18ème siècle. Tous les bâtiments proviennent des régions acadiennes du Nouveau-Brunswick.  À la fin des années 1970 et le début des années 1980, plusieurs autres bâtiments supplémentaires sont aménagés sur le site historique.  En effet, la maison Thériault, le moulin Riordon, la menuiserie Cormier et l’imprimerie sont ajoutés. 

Enfin, en 2001, on procède à l’ouverture officielle d’une section portant sur le 20ème siècle avec la possibilité de visiter une tonnellerie, un grand hôtel (Albert), des maisons plus modernes et une ferblanterie.  Depuis ce temps, plusieurs autres bâtiments se sont ajoutés tels une station-service Irving, un moulin à bois, un magasin général et une gare.   Dans le village, le parcours est chronologique afin que le visiteur puisse bien se rendre compte de l’évolution ! Quelques arrêts sur les plus emblématiques…

La plus ancienne maison (1773) est celle des Martin avec le sol en terre battue. A cette époque pas d’école et dès 5 ans toute la famille travaille ! La suivante est celle de Mr. Mazerole (1852) : « Nous sommes 12 dans la maison, dit Mme Mazerole (enfin celle qui l’interprète) on dort sur des paillasses et les anciens dans le lit. On ne sait ni lire ni écrire mais on est catholique et très pieux… Annie Blanchard, de son vrai nom, travaille pour sa première saison au village et adore ce contact chaleureux avec un public curieux et avide d’anecdotes…

Toutes les maisons d’époque ont ainsi été transportées dans le village reconstitué. Nous continuons vers la Maison Robichaud (1846) : Mme Robichaud a eu 12 enfants et l’hiver elle carde et tisse la laine de ses moutons. « Le métier à tisser, dit-elle, s’apprend de mère en fille… Nous vivons aussi du troc : par exemple, je confectionne un tapis et je l’échange au Magasin Général contre des produits de base pour nourri mes enfants ». 

A la maison Savoy (1861), on rencontre M Bardeau qui a en charge le maintien des toitures… C’est la maison d’un trappeur père de 9 enfants. Ils se sont sauvés de la déportation en se cachant dans la forêt et les autochtones mic-mac  les ont aidés dans leur fuite. Mme Savoy alias Edna Frigault puise ses ancêtres en Normandie… « Je suis là depuis la 2ème saison du Parc, dit-elle, soit depuis 1978 ! J’ai toujours la même passion à interpréter ce personnage et à former les nouveaux venus à ce métier de conteuse… Nous sommes une famille d’une centaine de membres liés par ce besoin de transmettre l’histoire des Acadiens qui ont tant lutté pour rester sur leur territoire ! ». Dans le civil, Edna a deux enfants, trois petits enfants et une maman de 99 ans !

Madame Savoy alias Edna Frigault

La Maison des Blackhall est habitée par des anglophones aisés. L’architecture est écossaise et sept enfants y grandissent. La servante est logée, nourrie… mais sans salaire ! La Maison Theriault (1890) appartient aussi à une famille aisée et possède un grand puits à l’intérieur. Mme Lucile Theriault reçoit la maîtresse d’école pour le déjeuner mais elle est aussi logée car l’école est à deux pas de là. Celle-ci ne peut pas avoir d’amoureux : interdiction formelle de se marier ou de fréquenter un homme ! Elle a deux semaines de vacances par an pour retourner auprès de sa famille… Un véritable sacerdoce ! 

Enfin, nous voici au 20ème siècle à la Maison Thomas (1937) : M Thomas est tonnelier et emploie sept ouvriers qu’il nourrit le midi. La servante couche parmi les 13 enfants (12 garçons et une fille arrivée  la 12ème). Il y a l’eau à l’intérieur de la maison. « Je fais à manger pour 4 personnes, explique Mme Thomas, et aujourd’hui des galettes de morue salée… » Dans la vraie vie, Pauline et Raymond Goupil qui accusent 45 ans de mariage ont rempilé au village après une petite entracte « retraite » ! « Notre plaisir de revenir ici et de rencontrer tous ces gens passionnés, disent-ils, a été le plus fort ! D’ailleurs, notre petite-fille (11 ans) vient aussi (de temps en temps) en costume rencontrer les visiteurs à la Maison Thomas : la transmission, c’est notre fierté ! ».

Tous méritent un arrêt… mais les aiguilles tournent, la chaleur est accablante et nous devons reprendre la route… Juste un dernier arrêt à « La Table des Ancêtres » où Lise propose « la meilleure tarte au sucre du monde » Site : villagehistoriqueacadien.com

Au bar de l’hôtel Château Albert, ambiance 1900 où le barman confectionnera devant vos yeux le fameux cocktail « pijoune » (Pijoune étant un mot acadien qui signifie « breuvage thérapeutique ») à base de gin (le Gin Thuya de la Distillerie du Fils du Roy, évidemment !), gingembre, clou de girofle, jus de citron, mélasse… Heu… vraiment thérapeutique ? Comment savoir… En tous les cas pas vraiment à notre goût ! l’excellent gin de Sébastien ne mérite pas ça…

Dans le parc, si vous êtes fatigués, voici Albert et André qui vous proposeront de monter dans leur petit train ! 

Notre périple au Nouveau Brunswick s’achève par un retour sur Edmundston, point de départ de ce road-trip acadien ! Toujours l’impression de n’avoir fait que passer… mais c’est déjà ça !


CARNET DE ROUTE


Y ALLER / AIR TRANSAT direct Marseille/Montréal puis louer une voiture pour faire le tour du Nouveau Brunswick. Site : airtransat.fr

HEBERGEMENTS

  • EDMUNDSTON : 

– Auberge Micky., une charmante halte pour commencer le tour du Nouveau Brunswick. Site : aubergemicky.com

– Morel Executive Suites… pour le chemin du retour ! 

Site : morelexecutivesuites.com ( 51, Rue Emmerson)

  • FREDERICTON : Hôtel Hilton Garden Inn

Site : hiltonhotels.com/fr_FR/canada/hilton-garden-inn-fredericton/

*** Un Merci particulier à Flora Gassier responsable des médias du Nouveau Brunswick pour sa gentillesse, son professionnalisme et l’assiduité qu’elle a mise à élaborer notre programme de découverte.

Site : tourismenouveaubrunswick.ca


PLUS D’IMAGES DU VILLAGE HISTORIQUE ACADIEN…


De nombreux personnages rencontrés sur le site du Village Historique Acadien méritaient bien de faire partie de l’histoire… mais comme nous ne pouvions pas insérer toutes les images dans le texte, voici le bonus !

De bonne heure le matin : le meilleur moment pour voir arriver les villageois !
La broderie, une occupation essentielle au cours des longs mois d’hiver !
Filer la laine…
Le pêcheur fait aussi partie du décor
Cardage de la laine
Monsieur l’instituteur
De mère en fille, la tradition du tissage de A à Z se perpétue