ARDÈCHE : au fil de l’eau et de l’histoire

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L’emblématique “Pont d’Arc” sous lequel coule l’Ardèche depuis des milliers d’années

Au Coeur de l’été, petite escapade en Ardèche où une foule d’activités s’offrent aux vacanciers : d’abord les Gorges de l’Ardèche, avec leur florilège de baignades aux eaux vivifiantes et les incontournables descentes en canoe-kayak ; le dynamique village de Vallon Pont d’Arc… La nouvelle “Caverne” réplique de la “Grotte Chauvet” dont le bâtiment est visible de la terrasse du restaurant, l’Aven d’Orgnac et sa Cité de la Préhistoire… En passant, la célèbre “Ferme aux Crocodiles” et pour finir, une visite du Safari de Peaugres, près d’Annonay, au nord du département… Quatre belles journées hyperactives et riches en découvertes !

La Ferme aux Crocodiles : invitation au voyage

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Notre première étape, sur la route des Gorges de l’Ardèche, est prévue à la Ferme aux Crocodiles à Pierrelatte (Sortie A7/Pierrelatte puis suivre le fléchage).

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Unique en Europe, cette immense serre paysagée et son jardin extérieur renferment plus de 400 animaux appartenant aux espèces les plus rares. Avec quelque 350 crocodiles, la Ferme aux Crocodiles est devenue le centre de référence européen en matière de présentation, d’élevage et de conservation des crocodiliens : on y découvre dix des vingt-trois espèces qui existent dans le monde. Certaines espèces comme le gavial du Gange, le faux gavial de Malaisie ou encore le caïman noir sont aussi rares en parcs qu’elles sont menacées dans leur milieu naturel. Les derniers arrivants, début juillet, sont trois crocodiles du Siam, espèce hautement menacée.

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La ménagerie ne se limitent pas aux crocodiles : un nouvel espace a été inauguré récemment avec des pythons (Notre photo). On trouve aussi des tortues, des poissons, des oiseaux exotiques… en projet, une immense volière. Mais le parc est aussi riche de 600 espèces végétales souvent rares : parmi lesquelles la plus grande fleur du monde, le Phallus de Titan, qui fleurit… tous les 7 ans et dont l’éphémère fleur ne vit qu’une journée… Il faudra encore attendre 3 ans pour la voir (le jour venu !) à la Ferme !

 SAMUEL MARTIN

Samuel Martin (Notre photo), le Directeur de la Ferme, nous accueille. Il est vétérinaire et vice-président pour l’Europe et l’Afrique de l’Ouest du Groupe des spécialistes des crocodiles de l’Union mondiale pour la nature. « Je suis un enfant du pays, affirme-t-il fièrement. J’ai grandi à La Garde Adhémar, un joli village, tout près d’ici. J’avais des voisins, Eric et Luc Fougeirol, qui avaient ramené lézards et serpents du Maroc : ils m’ont transmis leur passion des reptiles. Plus tard, ils ont ouvert, en 1994, ce parc animalier bien particulier et après mes études et quelques mois de travail à la SPA en zone rurale, j’ai rejoint la Ferme. Mon épouse, Béatrice Langevin, également vétérinaire, pose un regard de médecin sur nos pensionnaires…Moi, plutôt celui d’un éleveur mais aussi d’un chef d’entreprise : nous sommes complémentaires dans notre job ! »

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Crocodiles, tortues et maintenant serpents ?

« Les reptiles sont composés de quatre groupes, poursuit-il, : les crocodiles, les tortues, les lézards et les serpents. Notre légitimité s’est faite autour des crocodiles, et nous avons des tortues depuis 2002. Restaient donc les lézards et les serpents. Nous voulions commencer avec les serpents, plus spectaculaires. Mais nous allons également aménager l’enclos des dragons de Komodo, et l’an prochain, un espace pour les hydrosaures et une mangrove. Plus tard, nous intègrerons un rocher aux lézards désertiques, ainsi qu’une présentation des reptiles de France…

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De beaux oiseaux exotiques parmi lesquels le merle métallique ou encore le touracos

Nous essayons de jouer le rôle de trait d’union entre les exigences scientifiques et touristiques en faisant de la vulgarisation. Nos guides y sont sensibilisés et s’efforcent de traduire les recherches effectuées à la Ferme. Le tourisme est une source majeure de financement des activités de recherche et de conservation. Le challenge était de faire de la protection tout en ayant un site rentable ! »

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Bien plus que du tourisme donc ? “Le site est également doté d’une structure de soutien à la recherche scientifique et à la conservation des espèces animales, notamment à travers la création d’un laboratoire et d’une écloserie. C’est le seul établissement zoologique présentant un engagement aussi poussé avec, notamment, plus d’une quinzaine de partenariats”.

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Le Docteur Samuel Martin et son équipe sont reconnus et sollicités comme experts en crocodiliens. L’association « SOS Crocodiles » qu’il a créée en 2000 favorise toute action pour la protection et la conservation des reptiles. Désormais référencée dans le monde entier, elle vise à protéger le biotope autant que l’animal et participe à divers projets de sauvegarde d’espèces rares comme le gavial du Gange au Népal, le crocodile du Nil dans la réserve du W au Niger ou la cistude d’Europe (tortue) en milieux aquatiques. Par ailleurs, 10 centimes lui sont directement octroyés sur chaque entrée payante du site. Un monde fascinant pour une visite qui l’est tout autant et un interlocuteur qui déborde d’idées novatrices pour pérenniser l’essor touristique de son entreprise inscrite dans un concept de développement durable. Une belle pause sur la route des vacances : il suffit de quitter l’autoroute ! Site : lafermeauxcrocodiles.com

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Les Gorges de l’Ardèche avec leur défilé de canoës

La Caverne du Pont d’Arc : aussi vraie que nature !

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Le bâtiment de la caverne vu de l’extérieur (Photos de la Caverne/Patrick Aventurier)

La découverte – en 1994 – de la Grotte ornée du Pont-d’Arc (dite Grotte Chauvet du nom de son inventeur) a permis de dater à environ – 36.000 ans les premières traces artistiques de l’homme dans la région. Inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco en juin 2014, la Grotte Chauvet complète l’offre du sillon rhodanien, riche de quelques-uns des plus beaux sites de France également classés : le Pont du Gard, les vestiges romains d’Arles et le Palais des Papes d’Avignon au sud, le coeur historique du Vieux-Lyon au Nord. Elle se pose également comme l’un des fleurons des Gorges de l’Ardèche riches de 30 grottes ouvertes au public, définissant la région comme l’un des centres majeurs de l’art paléolithique. Cependant, cette grotte, véritable trésor, ne pouvait pas être exploitée à la visite… A l’instar de celle de Lascaux, l’idée est venue de la re-créer à l’identique : le résultat, que l’on peut apprécier depuis son ouverture, le 26 avril dernier, est époustouflant !

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C’est la plus importante réplique de grotte ornée au monde située sur les hauteurs de Vallon Pont-d’Arc (site du Razal) au cœur d’un espace boisé de 29 d’hectares. Elle est composée de cinq pôles (la réplique, la Galerie de l’Aurignacien, le pôle pédagogique, le restaurant La Terrasse et la boutique) répartis sur une dizaine d’hectares de manière à former une empreinte dans le paysage. Développée en lien étroit avec l’équipe de recherche scientifique, la Caverne du Pont d’Arc est un lieu innovant faisant appel à des techniques scénographiques jamais mises en œuvre à une telle échelle. Le relief des parois est restitué au millimètre près, et les peintures, gravures et représentations les plus remarquables ainsi que les éléments paléontologiques et géologiques essentiels sont traités à l’échelle 1 à partir des originaux numérisés. La visite permet de saisir toute la maîtrise des premières œuvres de l’Humanité mais aussi d’apprécier l’extraordinaire richesse géologique de la caverne : concrétions, draperies, gours… Pendant une heure, en compagnie d’un guide, vous circulez sur une passerelle identique à celle de la vraie grotte et découvrez – dans un mouvement crescendo – œuvres et concrétions à travers 10 stations d’observation. La technicité des artistes est exceptionnelle ! Tous les procédés sont déjà maîtrisés : préparation des supports, raclages, gravures, fusain, estompe, recherche de la profondeur et premier rendu de la perspective… Toutes ces données remettent en cause la conception que nous avions, jusqu’alors, de l’homme préhistorique idiot, ne parlant que par onomatopées et ayant même du mal à domestiquer le feu…

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Contrairement aux autres grottes ornées, le bestiaire représenté comporte de nombreux animaux dangereux (lions et ours des cavernes, panthères, mammouths, rhinocéros laineux) qui vivaient en Ardèche il y a 36.000 ans ! La visite se termine par la grande fresque des lions, panneau monumental de douze mètres de long d’où surgissent 92 animaux en mouvement. Ces œuvres magistrales ont été protégées par l’effondrement du porche d’entrée de la grotte voici plus de 20.000 ans !

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Le centre de découverte, baptisé « Galerie de l’Aurignacien » continue la visite. Il permet de mieux comprendre l’environnement, la faune, la flore connus des hommes et des femmes qui vivaient sur le territoire de la caverne à cette époque. Des animaux, en taille réelle, y sont reconstitués. La visite de la “Caverne du Pont d’Arc” est conçue en complémentarité avec la Cité de la Préhistoire sur le grand Site de l’Aven d‘Orgnac. Infos, achat de tickets jumelés et renseignements : cavernedupontdarc.fr

La Cité de la Préhistoire à Orgnac

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Située à 15 km, et complémentaire de la Galerie de l’Aurignacien, la « Cité de la Préhistoire » permet de retrouver les gestes de la vie quotidienne et d’appréhender les croyances d’alors, à travers des ateliers comme la taille du silex ou la création d’un feu. Nous y avons rendez-vous avec Amalia (Notre photo), qui va nous présenter le musée – labellisé Musée de France – retraçant la vie de l’homme préhistorique de 350.000 à 750 ans avant notre ère.

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Le parcours chronologique débute à la période du Paléolithique moyen, décrivant les premières traces humaines connues dans le bassin du Rhône. Au fil des salles d’exposition se succèdent les périodes du Paléolithique supérieur, du Néolithique et de l’Age du Bronze. Tout au long de la visite, la découverte se veut pédagogique. Les objets sont présentés dans leur contexte d’utilisation, les reconstitutions grandeur nature comme le campement préneandertalien, l’aire de boucherie, l’atelier de bronzier ou encore les dolmens restituent la vie des hommes préhistoriques. Très interactif, l’espace muséal est aussi très ludique pour le jeune public qui peut apprendre tout en s’amusant !

L’Aven d’Orgnac : une merveille de la nature !

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Depuis 2004, l’Aven d’Orgnac fait partie des quatre premiers sites à obtenir le label « Grand Site de France » avec la Pointe du Raz, Le Pont du Gard et la Montagne Sainte-Victoire. Décerné par le Ministère de l’écologie et du développement durable, le label vise à « préserver, restaurer et promouvoir des sites naturels fragiles et attractifs ». L’opération Grand Site s’adresse aux sites classés reconnus d’intérêt national, voire universel, et l’Aven d’Orgnac est la seule cavité à avoir obtenu ce label.

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Photo Damien Butaeye

Découverte le 19 août 1935 par une équipe de cinq spéléologues menés par Robert de Joly, la grotte d’Orgnac est une des plus spectaculaires d’Europe. Ses plus hauts plafonds atteignent 55 mètres, soit la hauteur des Chutes du Niagara ! Et si elle a accueilli des touristes dès 1939, elle ne leur révèle qu’environ 10% de sa beauté : sur les 32 ha, seuls 3 ha sont accessibles au public !

Après un film d’introduction illustrant la formation des cavités en Ardèche, les premières marches du tunnel d’accès plongent petits et grands dans une atmosphère singulière avant de découvrir des paysages souterrains à couper le souffle ! Des concrétions remarquables jaillissent de la première salle appelée “Robert de Joly” : forêts de piles d’assiettes, palmiers géants dont les pétales sont nés de l’éclatement des gouttes d’eau… On aperçoit, tout en haut, l’orifice naturelle (ou aven) qui a permis aux spéléologues de s’y engouffrer.

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Ensuite, la salle du Chaos (à moins 100 mètres/Photo Damien Butaeye) dévoile le patient travail de l’eau qui a sculpté la roche calcaire et façonné un chef d’œuvre aux teintes diaphanes, pourpres, ocres et brunes. Après l’enfoncement des eaux souterraines, la voûte a commencé à s’effondrer donnant naissance aux volumes géants de l’Aven d’Orgnac. Des blocs se sont accumulés dans la partie la plus profonde de la grotte et certaines stalagmites qui ont “poussé” sur ces derniers blocs sont vieilles d’environ 15.000 ans ! De délicates draperies (Photo ci-dessous/ P. Crochet) tombent le long des parois sous l’effet du lent ruissellement des gouttes d’eau. Constituées de calcite, elles sont naturellement blanches, parfois translucides.

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Au terme du circuit aménagé, la salle Rouge (à moins 120 mètres) nous introduit dans la galerie originelle creusée par la rivière souterraine qui s’écoulait ici, il y a environ 6 millions d’années. Les traces de corrosion sur les parois témoignent de l’histoire ancienne de la grotte rythmée par plusieurs périodes de remplissage jusqu’à son assèchement. Des piliers colossaux se sont ensuite formés, plantant le décor du spectacle son et lumière final qui plonge le spectateur dans un enchantement. Dernier avantage : la remontée des 121 mètres de dénivelé (soit plus de 700 marches !) se fait… par ascenseur ! Site : orgnac.com

Le Safari de Peaugres
pour un voyage en terre animale

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Vos tickets, SVP…

Pour clôturer cette balade ardéchoise, on quitte Lagorce et les Gorges en remontant la Vallée du Rhône pour rejoindre l’A7. Sortie Chanas (12). De là, en moins de 20 minutes, on atteint la grille d’entrée du Parc de Peaugres.

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Créé en 1974, le Safari de Peaugres est le plus grand parc animalier de la région Rhône-Alpes avec ses 80 hectares, 134 espèces représentant les 5 continents et plus de 1000 animaux. Sa gestion donne la priorité au bien-être de l’animal et à la préservation des espèces. Ici, l’animal n’est pas un élément de distraction : nous sommes sur un lieu de sensibilisation au monde vivant ! Éducatif et ludique, il multiplie les structures pédagogiques (panneaux, jeux, animations ponctuelles), pour faire découvrir aux visiteurs toutes les richesses d’une faune parfois en grand danger de disparition. La découverte se fait en suivant deux circuits bien distincts : en voiture, d’abord pour 7 km de « Safari » puis, à pied, chacun pouvant aller à son rythme…

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De grands portails à glissières protègent l’entrée du circuit « voiture »… Première destination : l’Afrique… Monsieur et Madame « Autruche » régulent le trafic ! Ils se sont postés là, en plein milieu du chemin, vigilants à tout excès de vitesse… ou de zèle, des passagers visiblement amusés par ces gendarmes inattendus… Eléphants, zèbres, girafes, gnous quant-à eux, ignorent totalement ces gardiens de l’ordre emplumés !

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Mais, un peu plus loin, nous voici en Amérique du Nord, et les bisons contrôlent aussi les automobiles se comparant à ces drôles de bestioles de ferraille… Presque aussi gros qu’une « Golf » mais sans doute plus puissants… Même pas peur du bruit des moteurs… L’ours aussi se moque complètement de cette succession d’étranges visiteurs… Il se traîne, nonchalant, jetant à peine un regard sur eux. Il faut dire, qu’avec les 13 hectares d’espace qui lui sont octroyés, il serait malvenu de se plaindre… Ses conditions de vie sont similaires à celle de ses congénères « libres » !

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Ensuite, y a les rhinocéros, traînant leurs immenses carcasses sous les arbres en quête d’hypothétique ombre… Il fait si chaud, aujourd’hui, en Ardèche ! Heureusement que j’ai un bassin pour me rafraîchir, semble méditer – tout en ruminant de toutes ses dents – le gros buffle patibulaire ! Dernière escale, l’Asie : les élégantes antilopes et cervicapres originaires de l’Inde précèdent les cerfs du Vietnam, une espèce totalement disparue dans la nature.

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Ouf ! Une petite trempette, ça détend… Non, je ne fais pas la gueule… J’ai chaud !
Après le circuit « Safari », la voiture sera abandonnée au parking (nombreux pique-nique) et nous cheminerons à pied suivant le sens de la visite, très bien signalé. Chevaux de Przewalski, les derniers chevaux sauvages du monde ; wallabies ; primates ; pandas ; lémuriens en liberté ; déjeuner des girafes ; fauves de l’espace « Griffes et Crocs » qui traversent devant vos yeux : vous êtes sur une passerelle aérienne formée de deux tunnels de verre !

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On continue par la serre aux reptiles (pythons, boas, crocodiles…), puis la volière et ses grands perroquets… On passe à l’eau avec l’espace aquatique où se trouvent manchots du Cap, otaries… Dans la pénombre des « Souterrains du Manoir » au milieu d’un décor de cinéma, charpente écroulée et dédale de gouttières, vivent chauve-souris, rats et autres rois de la nuit ! Frissons assurés… Puis, voici la « Serre aux 1000 cachettes » : insectes, grenouilles, reptiles, crocodiles et même un tatou s’y tapissent dans une luxuriante végétation…

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Pour les plus petits, « La Ferme de Léonie » permet l’approche des animaux jusqu’à les toucher à travers des espaces de découverte ludiques. Et pour continuer l’initiation, le « Resto des Animaux » leur explique la nutrition des pensionnaires ! Tout au long du parcours, la même pédagogie, le même but : sensibiliser le visiteur (jeune ou plus âgé) à la vie animale et à sa protection. Une belle journée de vacances pour réunir l’utile et l’agréable en apprenant une foule d’informations sur les autres êtres vivants qui peuplent la Terre ! Site : safarie-peaugres.com


REPORTAGE : TEXTES DANY ANTONETTI & PHOTOS GÉRARD ANTONETTI (Copyright)
PEAUGRES


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